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Karsher : La voix underground d’Elektron Libre

par Alextrem | Juil 3, 2025 | Artistes | 3 commentaires

Pilier discret mais tranchant de la série Elektron Libre, Karsher incarne une approche brute et sans compromis de la musique électronique.

De ses premiers lives dans un camion à ses pressages artisanaux, ce musicien touche-à-tout, pianiste autant que bidouilleur de machines, mêle instinct, révolte et poésie sonore depuis plus de deux décennies.

Dans cette interview exclusive pour Teknoboutik, Philippe revient sur son parcours, ses influences, la genèse d’Elektron Libre et partage anecdotes croustillantes, vision du mouvement free party et coups de gueule musicaux. Brut et sans filtre, à l’image de son son.

 

Interview

1. Comment as-tu découvert la musique électronique ? Et quel a été ton premier contact avec la scène freeparty ?

J'ai vraiment découvert la musique électronique vers 16-17 ans. Je jouais déjà dans des groupes d'acid jazz et de rock. On écoutait Front 242, Jean-Michel Jarre, Yello... Vers 18-19 ans, je suis allé au Rachdingue, une boîte de nuit à la frontière espagnole où ils jouaient de la makina. C'est à ce moment-là que les Spiral Tribe et les Nomades ont débarqué à Montpellier.

Ma première rave party a eu lieu au-dessus de Saint-Guilhem-le-Désert, à 50 km de Montpellier. On n'était pas nombreux, mais c'était la vraie découverte. C'était en 1994, mon premier teknival à Fontainebleau, puis d'autres sur le Larzac, Montpellier-le-Vieux, avec 5-6 sons, Manu Le Malin, les Anglais... Bonzai Records, Prodigy, Stay Up Forever, Dave the Drummer, Gamble 202...

On avait une vieille Citroën GS qu'on appelait "la lenteurprise". Siège arrière baissé, on roulait à sept dans la voiture pour chercher l'after de l'after. Les flics ne comprenaient rien, c'était galère pour trouver les soirées. J'avais grandi avec le rock'n'roll, je jouais du piano électrique, de l'orgue Korg B3, j'écoutais les Doors, Pink Floyd, Genesis, Can... Et là, j'entendais une musique que je ne comprenais pas mais qui me faisait danser. Même les pilules me faisaient danser sur Annie Cordy au bal du village ! Beaucoup de découvertes musicales sont arrivées d'un coup.

 

2. Comment es-tu passé à l'acte, passant de l'auditeur à l'auteur ?

Ça m'a pris un peu de temps. En 1998, j'ai acheté une MC-303 pour m'occuper pendant l'hiver. Puis sont arrivées la RM1X, les Electribe bleues... Avant 2000, je commençais déjà à jouer avec plusieurs machines en synchro MIDI et une table Mackie (j'en suis à la 6ème, je ne les quitte jamais !).

En 1999, j'ai monté un premier sound system. Pure Profet / Zero Tolerance m'a vendu à crédit un système fait maison de 20 kilowatts d'enceintes, sans ampli. On s'est lancés en Normandie, c'était laborieux, je ne connaissais rien en sonorisation. Alors j'ai fait six mois de formation MAO à la SAE à Paris.

En 2000, avec West Family, je jouais tous les dimanches matin. Je faisais des mixs et lives avec des DJs hardcore, notamment DJ Double qui m'a appris à équilibrer le son comme un DJ. J'ai joué de Dieppe à Quimper, puis Barcelone, Amsterdam... À cause de la répression Sarkozy, plusieurs saisies m'ont poussé à partir à l'étranger plus souvent. On se faisait tabasser selon l'humeur du préfet ou du flic... puis la prison.
La gendarmerie pensait qu'on était des dealers alors qu'on était juste des voleurs de côtes de boeuf, d'alcool, de gasoil... On louait le matos avec l'asso, on faisait des crédits, le chéquier nous servait à monter les bars, louer les amplis... J'ai fait un mois de prison pour rien. On était juste des teufeurs.

 

3. Parle-nous d’Elektron Libre. Raconte-nous la genèse de ton aventure avec ce projet.

Après plusieurs saisies, j'ai créé Elektron Libre en 2002. Une asso pour produire des vinyles, cassettes, t-shirts, louer des salles, faire des spectacles. On a monté un atelier de sérigraphie et lancé des sweats "fuck off sécurité", "padacor", des stickers...

J'organisais moins de soirées mais je produisais beaucoup. La sérigraphie, ça prend du temps. Plusieurs vinyles ont suivi. Je faisais une cagnotte et redistribuais les exemplaires aux artistes.

Après le 11 septembre et la montée de la répression, j'ai sorti une compil "Desobediencia - Drum Tek N Roll", bossé avec une chanteuse (Carta Atrac), et même monté des spectacles de marionnettes géantes. Elektron Libre, c'est un couteau suisse pour artistes, DJs, graffeurs, performeurs. On a tout fait, même des marionnettes géantes.

 

4. Comment décrirais-tu ton identité sonore ?

J'ai commencé très tôt avec le blues et le rock'n'roll. Ensuite, j'ai traversé la musique électronique jusqu'à ce que je relie les deux. Pas facile de construire une identité sonore. Si je devais le dire à l'arrache : acid électro piano core. Ça veut rien dire, mais ça me parle.

5. Peux-tu nous décrire ton workflow en studio comme en live ? Es-tu plutôt structuré ou improvisation totale ?

Les deux. J'ai des patterns qui racontent des histoires. Souvent en do mineur, 70 % de mes sets. Le reste, c'est la mineur (pour les gratteux) ou sol mineur pour des délires plus gypsy ou balkans. Je joue sur les fondamentales, l'harmonie. Je prépare pas grand-chose. Pas d'ordre, pas de plan. J'improvise en live.

 

6. Quel est ton setup préféré ? Machines incontournables, logiciels fétiches ?

RS7000, Electribe bleue à lampe, un Bassliner (Future Retro, TD3...), un piano, un synthé. Si j'ai une machine en plus, je suis content. J'ai démarré avec Fruityloops y'a 20 ans, maintenant j'utilise Ableton pour composer. Pour les lives, rarement l'ordi. Je devrais, mais j'aime trop bidouiller en direct.

J'aimerais m'acheter un Deluge, un Elektron, mais je casse souvent du matos et j'ai pas les moyens.

 

7. Quels artistes, labels ou courants t’ont influencé vers ton son ?

Ray Charles, Ray Manzarek, Fela Kuti (pour la transe et la construction en live comme un orchestre), Jean-Michel Jarre. Ensuite le hardcore (Deathchant, Monik), la hardtek (Barouf, Enfants Sages), le breakcore (Aphex Twin, Amon Tobin). En Bretagne, j'ai aussi découvert pas mal d'expérimental.

 

8. Tu joues encore live ou en DJ set ? Comment adaptes-tu ton set en fonction de l’endroit ou du public ?

J’ai jamais joué en DJ set. Je suis arythmique, j’ai du mal à garder le tempo avec d’autres musiciens, surtout au piano. Mixer des morceaux déjà faits, c’est pas mon truc. Je fais des collages, des pochoirs, pas des toiles classiques. C’est pareil pour la musique : je crée sur le moment.

Alors oui, je pourrais jouer mes prods sur Traktor ou CDJ comme certains, mais ça m’emmerderait. J’aime passer de Ray Charles au hardcore en une session. Mon kiff, c’est la liberté. Donc je m’adapte à tout : bars, restaus, teufs, peu importe. Je joue entre 100 et 160 BPM selon l’ambiance. J’observe le lieu, l’heure, l'énergie des gens, même la drogue qu'ils ont prise, et j’envoie ce qui me semble juste.

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9. La scène Freetekno a évolué depuis tes débuts. Comment perçois-tu son avenir ?

Oui, ça a changé. Mais pas tant que ça. De 94 à 98, plein de styles ont explosé : acid, hardcore, jungle, breakbeat. Le matos s’est démocratisé, ça a aidé à créer. En 2010, les platines CD et les contrôleurs numériques ont permis aux DJs d’être plus créatifs : boucles en live, mix harmonique... C’était bon pour les oreilles.

Les free parties, elles, ont toujours été imprévisibles. Début 2000, y’avait des teknivals à 80 000 personnes. Trop gros à gérer. C’est toujours la loterie : saisies, drames, préfets zélés. La politique fait la pluie et le beau temps. Avec un ministre répressif, tu prends cher. Avec un autre, ça passe.

Depuis 5-6 ans, les jeunes assurent. Mapping, déco, son, tout s’améliore. C’est pas "mieux avant". C’est différent. Aujourd’hui, le visuel est dingue, y’a même des lasers. Bientôt, des hologrammes ? J’aimerais voir plus de musiciens avec les DJs, comme dans le hip-hop avec les collectifs. Marre des DJs bras levés à faire genre. Le petit plus scénique, c’est là que ça se joue.

 

10. As-tu des anecdotes mémorables à partager ? En studio, en pressage ou en soirée ?

Plein ! La meilleure : mon deuxième vinyle. Studio installé dans mon camion, sous la mezzanine, avec une enceinte merdique. Pas d'aigus, que des basses. Donc je baisse les basses à fond. Le pressage part. Test press OK (forcément, je réécoute dans le camion). Je reçois les 700 vinyles. Je les mets chez un pote : plus de basses. Rien. Je me rends compte de la cata. Trop tard. 20 ans après, j’en ai encore. "Elektron Libre 2". Flop total.

Autre anecdote : fin 2001, pré-Euro. On fait une free dans un hangar sur le port de Dieppe. 100 personnes, 20 kW. Un commissaire vient me voir, me serre la main, me dit qu’on a bien fait de pas demander d’autorisations. Rare. On remballe. Des potes de Rouen disent : "Y’a une teuf à Quimper, on y va !". On y va.

Le 31 décembre, on monte le son. Deux potes foutent des baffes à un mec bien habillé qui voulait nous empêcher de jouer. Soirée OK. Le matos de l'autre crew se fait saisir. Mon camion veut plus démarrer. La police m'aide à le faire repartir. Puis je me retrouve au comico avec mon chien, sans savoir pourquoi. Verdict : plus de matos, plus de camion.

On cherche un hôtel. Formule 1 de merde. Payé en francs. Problème avec les chambres. On gueule. Le réceptionniste flippe. La gendarmerie arrive. Le mec finit par nous rembourser... en euros (500 € au lieu de 500 F). On finit au Novotel, bourrés. Plus tard, on apprend que le mec giflé était... le préfet. Il l’a pris perso. Il a envoyé les CRS de La Rochelle. Sauf qu’il a abusé de ses pouvoirs. On a tout récupéré fin février.

 

11. Enfin, pourquoi avoir choisi le nom “Karsher” ? Une histoire de pression ou de décapage sonore ? 😄

Direct, j’ai pensé au nettoyage. Danser jusqu’à la transe, c’est comme un grand nettoyage interne. Ma première cassette s’appelait "Wash Your Brain". Puis quand j’ai fait des pochoirs, des stickers, le nom marchait bien. Et avec Sarkozy qui parlait de "nettoyer les cités au Karcher", c'était du pain béni.

J’ai fait un sticker : "Dessine-moi un connard" avec sa tête. Signé Karsher. Donc ouais, à la base, c’est une histoire de décapage sonore, de secousse, de claque.

Merci pour cette interview !

Site web : https://magnussonunitbis.wixsite.com/karsherpanda/
Instagram : https://www.instagram.com/karsher23/
Youtube : https://www.youtube.com/@karsherelektronlibre3826

 

3 Commentaires

  1. phil karsher

    merci pour l invité…

    Reply
    • Alextrem

      Avec plaisir, merci a toi d’avoir accepté ! 😉

      Reply
  2. Dazz

    C’était un super article un plaisir d’en apprendre d’avantage sur un artiste que j’apprécie particulièrement avec des vrais ideo de l’énergie de cette musique.

    Reply

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