Si tu n’as jamais entendu parler de L’Hallucidité, t’as raté un pan entier de la scène tribe française. Plus qu’un label ou un sound, c’est un projet de vie né d’un rêve simple : faire péter ses propres prods sur une grosse facade. De cette envie sont nés un disquaire underground à Alès, des vinyles devenus cultes, un sound system monstre de 100 kW, et des fêtes dont les murs se souviennent encore. Entretien avec Guillaume, passionné à l’ancienne et acteur majeur d’une époque en voie de disparition… mais qui vibre toujours.
Salut Guillaume ! Raconte-nous comment L'Hallucidité est né. C'était un projet que vous aviez en tête depuis longtemps, Sonny et toi ?
Hello Alex, ça fait longtemps !
À la base, avec Sonny, on crée de la musique et on avait envie d’entendre ce que ça donnait à fort volume sur une sono. Après, il y a eu l’envie de jouer pour un public. C’est pourquoi nous avons décidé de créer notre sound system.
Parlons un peu du shop à Alès...
La boutique était une belle époque. Une devanture sans enseigne et poussiéreuse, un rideau métallique à peine ouvert, des horaires chaotiques la nuit comme le jour. Une pochette Spiral Tribe brûlée par le soleil dans le coin de la vitrine en guise de derniers indices, et vous arriviez jusqu’au trésor.
Un catalogue unique avec beaucoup de collectors. Les rares personnes qui avaient assez de motivation pour arriver jusqu’au shop avaient la chance de vivre une expérience humaine où un lien se créait.
Un jour, je me souviens avoir reçu un message d’Angleterre qui disait : your shop is a legend !
C’était aussi surtout un moyen pour moi de vivre en dégageant un max de temps libre pour ma passion de la musique.
Du label au shop, puis au sound system... Comment s'est faite cette évolution ?
Disons que le sound system a pris naturellement le pas sur tout le reste. Nous nous sommes fixé un objectif de 100 kW Exekut qui est aujourd’hui quasiment atteint. Après quoi, j’espère pouvoir me consacrer plus pleinement à la composition.
Quand vous signez des artistes sur le label...
C’est un mélange entre coup de cœur et renommée de l’artiste.
Le son, c’est votre truc depuis le début...
De nature assez nostalgique, je collectionne les productions old school de la première heure, mais je suis aussi très friand de nouveautés. S’il y a bien un sujet sur lequel on se complète à merveille avec mon frère, c’est la musique.
Pour les events, c’est quoi la config actuelle du sound ?
Actuellement, nous avons 60 kW et 40 kW en construction depuis presque 3 ans. Il reste aussi le côté déco et mapping à compléter.
J'ai entendu parler d'une histoire de 500 vinyles voilés...
De ce que je me souviens, une palette m’avait été livrée devant ma porte sous le soleil, mais seulement un court instant. J’avais prévenu les disquaires au cas où ils trouvent des disques voilés, mais au final, je n’avais eu aucun retour. Plus de peur que de mal.
Une anecdote bien cramée ?
Oui, je me rappelle un teknival où il y avait eu des saisies définitives pour certains. L’ambiance était explosive avec les autorités.
En résumé, alors que nous tentions de nous échapper à travers des chemins improvisés, le poids lourd finit par tomber en panne. Finalement, une dépanneuse a embarqué le camion avec le sound system à l’intérieur… et a passé les barrages comme une fleur.
Comment vous voyez l’avenir de L’Hallucidité ?
Les temps sont durs. L’État resserre l’étau doucement mais sûrement. On a peu d’espoir de voir un jour des terrains dédiés à la fête libre. On vit au jour le jour, mais la passion reste intacte.

Les réseaux sociaux, c’est une aubaine ou un casse-tête ?
Les réseaux sociaux sont une source de revenus directe et indirecte. Difficile de s’en passer. Je doute que notre sound system aurait existé à cette échelle sans eux.
Un conseil pour ceux qui veulent se lancer ?
Être vraiment passionné. Et avoir des amis de confiance.
Le truc le plus ouf que vous ayez réalisé ? Et le rêve ultime ?
Une fête sous un pont TGV, avec un couloir de maintenance au sol en grille… les gens marchaient littéralement au-dessus de la teuf et du sound system. Et notre rêve : faire voyager notre son dans un max de pays.


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